Les Chroniques Robotiques

Une aventure qui ne peut laisser indifférent...

15 janvier 2006

PCR : Première Chronique Robotique

« Les Trois Lois de la Robotique :
Première Loi :
Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger.
Deuxième Loi :
Un robot doit obéir aux ordres donnés par les êtres humains, sauf si de tels ordres sont en contradictions avec la Première Loi.
Troisième Loi :
Un robot doit protéger son existence dans la mesure où cette protection n’est pas en contradiction avec la Première ou la Deuxième Loi. »
Isaac Asimov

     Linda n’en pouvait plus. Cela faisait bien 4 heures qu’elle tournait et retournait ces quelques phrases célèbres dans sa tête, afin d’en tirer la meilleure des formulations. Même si elle reconnaissait volontiers le génie de son auteur, elle doutait qu’il soit possible de passer de la science-fiction au réel. On avait exigé d’elle, une roboticienne fraîchement sortie de l’académie,  de trouver un « moyen » d’utiliser le « patrimoine littéraire » pour en un faire un programme réel dictant le comportement des nouveaux robots de La Compagnie. Elle se pestait encore dessus, se traitant d’idiote, regrettait amèrement à ce moment là d’avoir accepté ou plutôt de s’être laisser séduire par le jeune et beau directeur adjoint. « Vous ferez parfaitement l’affaire Mademoiselle Linda, je peux vous appeler Linda ? Nous croyons en vos capacités. » Et il avait posé ses mains sur ses épaules la faisant sursauter et plongé son regard dans le sien. Elle se souvenait d’avoir rougit comme une tomate et d’avoir murmuré un « d’accord » timide.
     Elle se retrouvait maintenant entourée de tous les bouquins possibles et inimaginables traitant des robots depuis le commencement de la SF. Elle devait bien l’avouer, les ouvrages Asimov à ce sujet était très intéressant. Les Trois Lois de la Robotique pourraient bien servir de base aux nouvelles IA actuelles. Encore fallait-il traduire tout ça, et dans quel langage d’abord ? Linda froissa une feuille avec rage et visa négligemment la corbeille à l’autre bout de la pièce. La boule de papier atterrit lamentablement à un mètre de son objectif, comme toutes ses sœurs avant elles. Au diable la Compagnie et ce cher Stanley ! Qu’ils le fassent eux-mêmes leur programme à la noix ! Elle s’en sentait incapable. Il fallait toujours que ça tombe sur elle ces histoires de fous. Elle se souvînt de la fois où un professeur de l’Académie lui avait demandé son aide pour reprogrammer le chien robot de sa fille afin qu’il morde avec ses misérables dents en plastiques le futur gendre de celui-ci. Elle s’était exécutée, de peur de fâcher son professeur, et assez maladroitement en plus, le chien voulait maintenant mordre tout le monde et souvent la belle mère ce qui n’était pas aussi dramatique que ça en fin de compte. Cela lui avait valu 2 nuits blanches et sûrement le 17/20 en programmation lors du concours. Et c’était sûrement à cause de cette trop bonne note qu’aujourd’hui on lui donnait cette tâche stupide.
     Au moins, son salaire n’avait pas été un soucis pendant toute sa période lecture, il avait même légèrement augmenté. Mais maintenant on lui demandait des résultats et elle n’en avait aucun de convaincant. Elle maudit son ancien professeur et ce maudit chien en ferraille incapable de reconnaître un… Elle se figea. Comment avait-elle fait pour essayer de l’inciter à mordre une seule personne en particulier ? Elle n’y était pas parvenue, le chien mordait tout le monde, ou plus exactement tous les êtres humains. Mais oui…Approchait-elle d’une solution ? Linda essaya de se souvenir des grandes lignes de son vieux programme. En avait-elle gardait des copies ou des brouillons ? Pas ici, c’était certain. Sûrement sur le disque dur de son ex-PC, rangé dans le grenier de ses parents à 500km d’ici. Linda soupira de désespoir et ce dit finalement qu’elle devait délirer ; elle était loin d’être une roboticienne de génie, elle avait du se battre pour obtenir un poste à La Compagnie et redoubler d’efforts pour qu’on lui confie un travail digne d’elle. Elle avait eu à peu près ce qu’elle voulait exception faîte qu’elle était incapable de résoudre une telle situation. C’est vrai qu’elle avait cherché à attirer aussi l’attention sur son travail, elle avait pris de grands airs pour se distinguer des autres, mais elle ne s’était pas attendu à cela ! Elle avait l’impression qu’on s’était moqué d’elle, qu’on l’avait surtout prise pour une idiote et elle en était en partie responsable. Elle froissa une autre feuille et cette fois, sa colère la rapprocha de 20 cm de son objectif poubelle. Linda était l’une des rares ingénieurs qui préférait encore travailler sur papier avant de passer sur un support informatique, car l’ordinateur aussi perfectionné soit-il n’égalera jamais, selon elle, la liberté d’un crayon et de quelques pages blanches.
     Linda se massa lentement les tempes. Il ne lui restait plus qu’à déclarer forfait, avouer son incapacité devant tout les autres roboticiens, présenter sa lettre de démission et finir sa vie à étudier la reproduction des lézards arctiques atrophiés. Ou bien à appeler ses parents. Elle prit soudain le téléphone. Elle aurait bien voulut l’éviter ; quelques tensions familiales qu’il n’était jamais bon de titiller lui en empêché en tant normal, mais entre un avenir reptilien et une chance infime de réussir il n’y avait pas trop à réfléchir. Il était fort tard, 2h35 exactement, et elle s’attendait à  de cuisants reproches de la part de sa mère. Mais les lézards c’est vraiment chiant. Quelqu’un finit par décrocher et murmura d’une voix endormie un petit « allo ». C’était sa mère.
-Bonsoir maman, je suis désolée de te déranger si tard mais c’est vraiment urgent. Il faudrait que tu ailles au grenier chercher mes cours de l’Académie.
-Quoi ?!
-Je t’en prie.
-J’espère que c’est vraiment urgent Linda !
Linda n’aimait pas supplier ses parents. Et sa mère le savait bien, celle-ci comprit donc l’importance de la situation même si elle ne savait de quoi il s’agissait. Linda attendait impatiemment que sa mère monte l’escalier menant au grenier, se retenant de l’encourager à se dépêcher. 
-Ton père et moi, voudrions te voir plus souvent, ma chérie. Que dirais-tu de venir manger à la maison dimanche ?  Linda s’aperçut qu’elle ne pouvait refuser, et si elle devait sacrifier un week-end pour avoir ses précieuses informations, elle y consentait sans la moindre hésitation.
-D’accord.
-Je t’envoie tout ça par le Réseau ?
Sa mère venait retrouver le carton et récupérer le précieux petit disque contenant les travaux de Linda à L’Académie.
-Ca serait génial maman. Merci beaucoup.
     Après avoir raccroché fébrilement, Linda se rua sur son ordinateur et ouvrit le dossier CHIEN. Comment avait-elle fait pour passer à coté ? Son programme à priori imparfait constituait la base d’une identification subtile d’un être humain par un robot. L’échec du ciblage individuel l’ayant frustré, elle avait fini par tout envoyé en l’air. Linda retravailla quelques lignes, en effaça d’autres pendant une petite heure. Elle avait du mal à croire qu’elle avait réussit un tel exploit : traduire en langage informatique la Première Loi de la Robotique d’Asimov. Elle s’arrêta enfin, satisfaite, s’étira en pensant aux multiples horizons qu’offrait sa découverte. Plus besoin de surveiller constamment chaque IA nouvellement crée de peur de rentrer dans un scénario catastrophique à la Matrix. Mais elle voyait aussi d’un autre côté que si elle, elle voulait retranscrire des « bonnes lois » , il y en avait certains sur Terre qui ne sauraient pas aussi « gentils ». Elle enregistra et quitta en baillant. Elle avait besoin de dormir avant de réfléchir sérieusement à tout cela. Et c’est en sifflotant gaiement qu’elle se dirigea vers la salle de bain pour prendre une douche avant d’aller se coucher.
     Garés dans une berline noire quelques étages plus bas, trois hommes avaient attendu que toutes les lumières se soient éteintes.
« Que faisons-nous professeur ? demanda le conducteur.
-Elle a retrouvé son programme et nous ne pouvons laisser La Compagnie s’en emparer. Continua l’homme à la place du mort, un ordinateur portable sur ses genoux.
-Vous en êtes bien sur ? On ne peut se permettre une bavure. Répondit le professeur à l’arrière.
L’autre acquiesça.
« C’est bien dommage, Linda était exceptionnelle. Heureusement que j’ai pu la repérer et la surveiller avant que la Compagnie s’aperçoive réellement de son potentiel. Ses découvertes auraient pu bouleversé l’équilibre.
-Nous intervenons maintenant ?
-Oui, allez-y. Et brûler son appartement, rien ne doit rester.
Deux portières claquèrent dans la rue noire. Les deux hommes s’éloignèrent en silence tels des ombres, tandis que le troisième, le professeur, souriait tristement alors qu’un petit chien automatisé lui plantait ses dents en plastique dans la paume de sa main.

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